La scèneuse: édition du 21 novembre
Des films, des spectacles à voir sur scène... et la découverte de coutumes du West End?
Bon vendredi, et bonne sortie de Wicked: For Good à tous ceux et celles qui avaient déjà encerclé la date d’aujourd’hui au crayon rose (ou vert!) dans leur agenda!
Emploi du temps chargé oblige, les éditions de l’infolettre se suivent, mais ne se ressemblent pas : si ma dernière missive vous parvenait à la fin d’une canicule particulièrement ardente, je tape plutôt cette introduction recroquevillée devant mon ordi, emmitouflée dans une épaisse couverture (en d’autres mots : fait frette!).
Depuis la dernière édition, ma tendre moitié et moi avons effectué un périple éclair à Londres, où j’ai eu mon baptême du West End entre quelques pub quiz et visites de musées. En plus d’assister à deux productions de très haut calibre – le revival d’Evita mettant en vedette Rachel Zegler, dans une autre mise en scène dépouillée à souhait de Jamie Lloyd, et Operation Mincemeat, hilarante plongée au cœur d’un stratagème déployé par les services secrets britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale –, on a pu découvrir les particularités des théâtres britanniques.
En fait, dans l’ensemble, l’expérience théâtrale est pas mal la même des deux côtés de l’océan, à deux différences près : d’une part, le programme de la soirée n’est pas distribué gratuitement par les placeurs·ses, mais plutôt vendu (souvent en format géant!) au kiosque de souvenirs, au grand dam de ma collection de selfies pré-spectacle; d’autre part, les théâtres vendent tous des petits pots de crème glacée en format collation, une tradition que j’aimerais bien voir s’installer ici (satisfaire sa dent sucrée au milieu d’un spectacle? le rêve!).
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LE MEDLEY: QUELQUES NOUVELLES EN RAFALE
Les deux productions de Juste pour rire à l’été 2026, Titanique et Les Misérables, ont commencé à annoncer leurs distributions.
On savait depuis un moment déjà que Véronique Claveau serait de retour dans Titanique dans le rôle de Céline Dion, qu’elle a brillamment interprété (dans l’anglais joliment accentué qui a fait la marque de notre Céline nationale) au Centre Segal l’hiver dernier; elle sera entre autres accompagnée sur scène par Audrey-Louise Beauséjour (Rose), Guillaume Borys (Jack) et Jean-François Guèvremont, alias Rita Baga (que j’aurais bien vu dans le rôle de la mère de Rose1, mais qui se glissera plutôt dans les habits de capitaine de Victor Garber).
Du côté des Misérables, un premier nom a été annoncé : Klara Martel-Laroche, dévoilée à l’émission Quel talent!, interprétera le rôle de Fantine. Bien hâte de connaître la suite de la distribution… mon petit doigt me dit qu’on pourrait retrouver Robert Marien sur les planches.
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AU GRAND ÉCRAN DANS LES PROCHAINES SEMAINES
Wicked: For Good
Ai-je besoin de le (re)mentionner? C’est aujourd’hui que prend l’affiche Wicked: For Good, deuxième volet du diptyque réalisé par Jon M. Chu. J’ai trouvé cette conclusion beaucoup moins satisfaisante que le premier film (bon, soyons honnête, le deuxième acte de Wicked est un fouillis sur le plan narratif, et tous les plus gros bangers se trouvent dans le premier acte), et les nouvelles chansons composées par Stephen Schwartz2 tombent un peu à plat, mais Cynthia Erivo et Ariana Grande sauvent la mise avec leur interprétation toujours aussi réussie (« No Good Deed » est particulièrement senti, quoique pas aussi cathartique que « Defying Gravity », et le duo final « For Good » est fort touchant).
Dans les cinémas à travers la province dès aujourd’hui.
Blue Moon
Voilà quelque chose que je n’avais pas sur ma carte de bingo de 2025 : au fond de Richard Linklater sommeille un véritable theater kid. Je savais bien sûr que le réalisateur de la trilogie Before planche depuis 2019 sur une adaptation cinématographique de Merrily We Roll Along de Stephen Sondheim et George Furth (on y reviendra), dont le tournage s’échelonnera sur plus de vingt ans (le film devrait prendre l’affiche au plus tôt au début des années 1940!)... mais j’avais tenu pour acquis que si Linklater s’était lancé dans ce projet démesuré, ce n’était pas tant pour son aspect musical, mais plutôt pour l’alléchante perspective de jouer avec le passage du temps (un peu comme il l’a fait avec Boyhood, filmé sur une période de 12 ans).
Eh bien, apparence que je me trompais : des deux films de Linklater qui ont pris l’affiche presque simultanément cet automne (!), il y a d’abord Nouvelle Vague, qui suscite un certain buzz3, mais aussi Blue Moon, qui se penche sur (l’implosion de) la relation entre Lorenz Hart et Richard Rodgers, qui ont créé ensemble près de 30 comédies musicales au début du XXe siècle… avant que Rodgers noue un partenariat créatif révolutionnaire avec le parolier Oscar Hammerstein II4.
« Durant plus de trois décennies, le légendaire parolier Lorenz Hart a formé un duo aussi couronné de succès qu’orageux avec le compositeur Richard Rodgers. Le 31 mars 1943, c’est soir de première sur Broadway pour le spectacle musical Oklahoma! Accoudé au bar, Hart médite sur le retentissement de cette œuvre, la première qu’il n’a pas signée de concert avec son collaborateur de longue date. L’heure est au bilan pour cet artiste volubile et extatique, en proie à l’alcoolisme et harassé par ses démons intérieurs. Dialoguiste de compétition, Linklater offre un biopic en forme d’instantané, un huis clos en temps réel enjoué, poignant et émouvant. » (Festival du nouveau cinéma)
Si Andrew Scott a été récompensé à la Berlinale plus tôt cette année pour son interprétation de Richard Rodgers, c’est plutôt Ethan Hawke qui m’a soufflée dans le rôle de Lorenz Hart; méconnaissable sous les traits du parolier5, il livre une performance empreinte de pathos.
Le film a été présenté en première québécoise au FNC le mois dernier, avant de prendre (trop brièvement!) l’affiche dans quelques salles à travers la province. Et s’il ne semble déjà plus diffusé dans les Cineplex (shame, shame!), il est encore de la programmation du Cinéma moderne, mon cinéma de quartier bien-aimé. Et comme le film n’est toujours pas disponible en streaming, si vous voulez le voir, c’est pas mal au Moderne que ça se passe pour le moment : il reste des représentations le dimanche 23 novembre et le vendredi 5 décembre prochains.
Merrily We Roll Along (pro shot)
Parlant de Merrily We Roll Along, chronique d’une amitié racontée de façon antéchronologique dont je vous ai parlé maintes et maintes fois déjà, le pro shot de la plus récente mouture du spectacle, qui a tenu l’affiche à Broadway de l’automne 2023 à l’été 2024, sera (finalement!) diffusé au grand écran le mois prochain. J’ai déjà mentionné à quel point ça me réjouit de voir des pro shots rendus accessibles au grand public (vive la démocratisation de l’art!), et ce revival vaut particulièrement la peine d’être vu, ne serait-ce que pour les performances magistrales de Daniel Radcliffe, Jonathan Groff et Lindsay Mendez6. À ne pas manquer… parce que ça va prendre un bon moment encore avant de pouvoir se mettre la version de Linklater sous la dent.
À l’affiche dans les Cineplex à compter du 4 décembre; les billets sont déjà en vente.
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SUR SCÈNE DANS LES PROCHAINES SEMAINES
J’ignore si, comme moi, vous ne savez pas où donner de la tête d’ici la fin de l’année, mais l’offre théâtrale foisonnante des prochaines semaines ne nous rend certainement pas la vie facile. Regardons ça de plus près, puis faisons un peu de place dans notre agenda pour s’offrir une soirée (ou deux, ou trois!) de répit au théâtre avant le tourbillon des Fêtes.
Off Book | 22 novembre
Entre 2017 et 2023, Jessica McKenna et Zach Reino ont été aux commandes d’Off Book, un balado musical complètement improvisé dans lequel le duo créait chaque semaine, en compagnie d’invité·es du milieu de l’humour, une comédie musicale complètement délirante. Le podcast a pris fin il y a deux ans, mais les deux lurons continuent de se promener un peu partout aux États-Unis et au Canada pour transposer l’expérience Off Book sur scène, et seront de passage à la Maison Théâtre ce samedi! Sans être une auditrice assidue, j’écoute l’émission à l’occasion depuis plusieurs années (Cats 2, le centième épisode7, m’a fait hurler de rire à plusieurs reprises), et j’ai bien hâte de voir ce qui attend le public montréalais samedi.
Épisode à échantillonner: Cats 2 (Spotify)
Où: Maison Théâtre, 245, rue Ontario Est
Quand: samedi 22 novembre à 20 h
Kimberly Akimbo | 23 novembre au 21 décembre
D’ici la fin de l’année, le Centre Segal présente la grande première canadienne de Kimberly Akimbo, spectacle charmant comme tout de Jeanine Tesori (musique) et David Linsday-Abaire (paroles et livret) ayant remporté le Tony de la meilleure nouvelle comédie musicale en 2023. Dans cette pièce à la fois «profondément émouvante et follement drôle», on fait la connaissance de Kimberly, adolescente atteinte d’une maladie rare la faisant vieillir prématurément (campée par Louise Pitre, la Donna de la distribution originale de Mamma Mia! à Broadway en 2001), qui veut juste profiter de son adolescence pendant qu’il est encore temps.
Où: Centre Segal, 5170, chemin de la Côte Sainte-Catherine
Quand: du dimanche 23 novembre au 21 décembre; tous les jours sauf le vendredi à 19h30; matinées le dimanche à 14h et les mercredis de décembre à 13h
Billets: 80$ (76$ pour les aîné·es et 38$ pour les étudiant·es et les gens de moins de 30 ans)
Pub Royal | 3 décembre au 3 janvier
Difficile de croire que ça fait déjà deux ans et des poussières que le grand Karl Tremblay nous a quitté·es. Accessoirement, cela fait aussi deux ans que « le bar le plus disjoncté » du Québec se promène aux quatre coins de la province; il repose ses pénates (peut-être pour la dernière fois) sur la scène du Théâtre Maisonneuve. Pour citer ce que j’en disais l’été dernier, la collaboration de haute voltige (littéralement!) entre les Cowboys Fringants et la troupe de cirque Les sept doigts de la main se passe désormais de présentations. Et si les chansons composées spécialement pour le spectacle ont depuis été endisquées (sur le chant du cygne du groupe, l’album Pub Royal, paru au printemps 2024), gageons qu’elles ne perdent rien de leur charge émotive sur scène (notamment la poignante « La fin du show »). À voir (pour les rares gens ne s’étant toujours pas accroché les pieds au bar du pub) ou à revoir!
Chanson à échantillonner: Bienvenue chez nous (YouTube | Spotify)
Où: Théâtre Maisonneuve, 260, boul. de Maisonneuve O
Quand: du mercredi 3 décembre au dimanche 21 décembre (à 20h du mercredi au samedi; matinées les samedis et dimanches à 14h); supplémentaires à compter du 27 décembre, à 14h ou à 19h selon la journée
Billets: entre 72$ et 121$, selon la date et la section
Peter Pan | 12 décembre au 11 janvier
Du côté du Théâtre St-Denis, on pourra retrouver notre coeur d’enfant et découvrir l’univers de « la plus féérique des comédies musicales de tous les temps[, qui nous] transporte dans un monde magique où naissent les rêves et où personne ne grandit jamais » : Peter Pan, présenté pour la toute première fois dans la belle province (!), dans une mise en scène de Luc Guérin. La sémillante Éléonore Lagacé (vue sur scène dans Grease, Footloose et Hair, et au petit écran dans les émissions Zénith et Big Brother Célébrités) revêtira les habits verts du personnage-titre9; Benoît Brière (dans le rôle de l’effroyable Capitaine Crochet), Tommy Joubert et Alice Déry feront aussi partie de la distribution étoilée.
Chanson à échantillonner: I Won’t Grow Up (YouTube | Spotify)
Où: Théâtre St-Denis, 1594, rue Saint-Denis
Quand: du vendredi 12 décembre au dimanche 11 janvier; plusieurs représentations à 19h30 ou 20h et à 15h
Billets: entre 70$ et 130$, selon la date et la section
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UN TIKTOK POUR LA ROUTE!
Bon, je sais, vous allez me dire que c’est non pas la deuxième, mais bien la troisième fois que je partage une version un peu su’a puff de la confrontation entre Javert et Jean Valjean au milieu du premier acte des Misérables… et vous n’avez pas tort. Mais je n’ai pas encore eu l’occasion de vous montrer cette tordante performance de Megan Hilty et Jennifer Simard (qui brillent toutes les deux dans l’adaptation scénique du film de 1992 Death Becomes Her, présentement à l’affiche à Broadway) lors de la dernière édition du gala-bénéfice annuel Miscast du MCC Theater, à New York. Les actrices se glissent une fois de plus dans la peau d’ennemis jurés… qui sont toutefois à des kilomètres des théâtrales Helen et Madeline, qu’elles campent présentement sur scène.
C’est ce qui conclut cette (costaude) édition de La scèneuse! Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de joyeuses Fêtes et à vous dire à bientôt, que ce soit dans votre boîte de réception ou votre appli Substack!
Hilarant personnage toujours interprété par un homme.
Probablement dans le dessein de récolter une nomination aux Oscars.
Présenté à Cannes plus tôt cette année et maintenant au grand écran, le film relate la production d’À bout de souffle, œuvre phare de la Nouvelle Vague du cinéma français.
Si Oklahoma! semble un peu suranné aujourd’hui, il a tout de même marqué un jalon important dans l’histoire de la comédie musicale, par sa façon novatrice d’intégrer musique et danse à son storytelling. (Je suis loin d’être une experte de l’âge d’or de Broadway; je vous invite à lire It’s not just what they did – it’s what they didn’t do: Oklahoma! and musical narrative pour en savoir plus.)
C’est aussi fascinant de voir comment Linklater a réussi à traduire la petite stature de Lorenz Hart (qui mesurait cinq pieds et des poussières) à l’écran. Hawke n’est pas particulièrement grand, mais il semble ici faire une bonne tête de moins que ses partenaires de jeu.
Et comme j’étais au deuxième balcon du Hudson Theatre lors de la captation, en juin 2024 (#brag), j’ai bien hâte de voir plus en détail les expressions faciales des trois protagonistes.
Qui met en vedette une brochette d’humoristes/improvisateurs·trices chevronné·es, dont Paul F. Tompkins, Scott Aukerman et Jon Gabrus.
Il reste encore quelques rares billets au moment où j’écris ces lignes, mais ça ne m’étonnerait pas que le duo se produise devant une salle comble!
Depuis Mary Martin, qui a créé le rôle à Broadway en 1954, le personnage est habituellement interprété par une femme.


